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HomĂ©lie de Mgr Rey en la fĂȘte de l’ImmaculĂ©e Conception, fĂȘte du SĂ©minaire

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Chaque personne humaine se caractĂ©rise par 3 traits : le « faire », le « dire », et avant tout, « l’ĂȘtre », c’est-Ă -dire le fait de vivre, d’exister en soi-mĂȘme. Notre sociĂ©tĂ© valorise jusqu’à l‘extrĂȘme, jusqu’à l’hyperbolie le « faire » et le « dire ». Le « faire » car elle est technicienne, matĂ©rialiste, entrepreneuriale. Elle cultive le goĂ»t de l’action. Elle cherche la performance et le rendement Notre sociĂ©tĂ© exalte aussi le « dire ». Elle est mĂ©diatique, numĂ©rique, toujours inter-connectĂ©e. Elle bavarde au sujet de tout, sans cesse, sur les rĂ©seaux sociaux ou par la tĂ©lĂ©phonie, devenus indispensables.

Mais notre monde est handicapĂ© par rapport à « l’ĂȘtre ». La vie est mĂ©prisĂ©e dĂšs son apparition, avortĂ©e. Et l’automne de la vie est menacĂ© dĂšs qu’il coĂ»te trop cher Ă  la sociĂ©té : l’euthanasie est Ă  notre porte. Cette sociĂ©tĂ© liquide, comme le souligne les sociologues, est marquĂ©e du sceau du relativisme puisque rien n’est sĂ»r et tout est relatif. L’individu devient flottant, incertain, orphelin, atomisĂ©. Il a perdu le sens des interdits, les repĂšres constitutifs de son humanitĂ©. MutilĂ© de toute transcendance, il s’accroche Ă  l’éphĂ©mĂšre et au futile. Il ne sait plus qui il est, d’oĂč il vient ni oĂč il va. Le fleuve sans berge devient vite marĂ©cage. Dans cette fĂȘte de la Vierge que nous cĂ©lĂ©brons en ce jour, en deçà de toute parole et de toute action, nous honorons la conception d’un « ĂȘtre » dans le cƓur de Dieu. Une Ă©lection secrĂšte qui s’origine dans la paternitĂ© de Dieu en vue de l’Incarnation de son Fils pour le salut de tous.

La vie du sĂ©minaire de La Castille est sous la tutelle de la Vierge, ImmaculĂ©e Conception, sans doute pour signifier Ă  tous les sĂ©minaristes que ce sĂ©minaire est en premier lieu un lieu d’élection, d’engendrement d’un ĂȘtre sacerdotal qui est, avant tout, le fruit de la grĂące de Dieu.

Certes, toute maison de formation au presbytĂ©rat est un lieu d’apprentissage au dire et au faire. Il s’agit d’apprendre Ă  parler au nom du Christ, Parole Ă©ternelle, afin de l’annoncer, de l’enseigner et de signifier sa prĂ©sence, de parler la langue de la foi avec son vocabulaire, sa grammaire, sa syntaxe. Dans le cadre du sĂ©minaire, il s’agit aussi d’ĂȘtre initiĂ© pour agir au nom du Christ afin que se construise le Corps du Christ. Oui, le prĂȘtre est appelĂ© Ă  ouvrir la bouche et Ă  se dĂ©penser jusqu’à l’oubli de soi. Mais Ă  la racine de tout, il est appelĂ© à « ĂȘtre », c’est-Ă  -dire Ă  assumer une Ă©lection, Ă  accueillir une bĂ©nĂ©diction, Ă  habiter une identité : celle de la configuration, par le sacrement de l’ordre, au Christ, TĂȘte de son Eglise, ministre de la Parole et des sacrements. Le sĂ©minaire est une Ă©cole de vie chrĂ©tienne oĂč se vĂ©rifie, s’approfondit, se murit l’appel Ă  imiter le Christ dans toutes les dimensions de l’existence. S’il est question au sĂ©minaire de la transmission des connaissances bibliques et thĂ©ologiques, et de l’apprentissage Ă  un savoir-faire pastoral, ceux-ci sont relatifs Ă  la construction humaine et spirituelle, thĂ©ologale de l’ĂȘtre sacerdotal ; Ă  la libertĂ© intĂ©rieure de son engagement ; Ă  l’intĂ©rioritĂ© et l’intĂ©gration spirituelle de sa vocation, Ă  la consistance et la cohĂ©rence de son dĂ©sir de suivre le Christ pour pouvoir partager sa mission salvifique.

Le sĂ©minaire est une maternitĂ© avant d’ĂȘtre une facultĂ© thĂ©ologique ou Ă©cole d’ingĂ©nierie pastorale. Un lieu d’engendrement d’un appel Ă  suivre le Christ qui doit se construire et se consolider dans la durĂ©e et au sein d’une communautĂ©. Et si le sĂ©minaire est une « clinique d’accouchement », la place de la Vierge Marie y est essentielle. BenoĂźt XVI soulignait [1] que « sacrifice, sacerdoce et Incarnation vont de pair, et Marie est au centre de ce mystĂšre. »

Tout prĂȘtre doit assumer une mission prophĂ©tique : proclamer l’Evangile du Christ dans un contexte relativiste de perte d’autoritĂ©, oĂč toutes les opinions se valent, un monde privĂ© de l’accĂšs Ă  la VĂ©ritĂ©. Tout prĂȘtre est dĂ©putĂ© Ă  une mission royale, celle de gouverner, par la charitĂ© pastorale, la communautĂ© qui lui est confiĂ©e pour qu’elle soit un levain dans la pĂąte.

Mais tout prĂȘtre assume en premier lieu une dimension mariale. Car tout son ministĂšre (que ce soit celui de la Parole, celui de la sanctification du peuple chrĂ©tien, ou celui gouvernement), tout son ministĂšre s’explique, s’enracine par un point de dĂ©part : le Seigneur a saisi son existence. Il n’est plus Ă  lui-mĂȘme, mais au Christ ; et l’Esprit-Saint lui enjoint de porter aux autres Celui-lĂ  mĂȘme qu’il porte en lui comme un feu, comme une urgence, une exigence, comme une joie dĂ©bordante.

C’est Ă  ce mystĂšre d’élection, d’habitation, Ă  la fois de consentement et de renoncement auquel Marie conduit tout aspirant au sacerdoce. MĂšre prudente et sage, Vierge protectrice de notre vocation, l’ImmaculĂ©e enseigne aux sĂ©minaristes 3 choses :
D’abord, elle parle du Christ. La Vierge Marie a prĂ©sidĂ© par son « fiat » Ă  l’Incarnation. A Cana, elle introduit son Fils, le fruit bĂ©ni de ses entrailles, Ă  son ministĂšre public. « Faites tout ce qu’il vous dira », conseillera-t-elle aux serviteurs du banquet nuptial qui nous reprĂ©sentent. C’est elle qui accompagne son enfant au Golgotha. Elle devient alors mĂšre du disciple bien aimĂ© et de l’Eglise, conçue au pied de la Croix. On la trouve enfin, aprĂšs la rĂ©surrection au CĂ©nacle, lorsqu’elle entraĂźne les apĂŽtres apeurĂ©s Ă  accueillir dans la priĂšre le don de l’Esprit-Saint.

ConsacrĂ© Ă  la Vierge ImmaculĂ©e, le sĂ©minaire doit aider chacun Ă  habiter, Ă  intĂ©grer tous les mystĂšres du rosaire, joyeux, lumineux, douloureux, glorieux en suivant de prĂšs JĂ©sus. Il s’agit « d’apprendre le Christ » (Jean-Paul II) par cƓur, par le cƓur, et personne ne le connaĂźt mieux que sa mĂšre. Elle connaĂźt JĂ©sus de l’intĂ©rieur. Celle qui mĂ©dite sans cesse sa Parole, invite chaque sĂ©minariste Ă  comprendre par la foi ce qu’il ne comprend pas encore par la raison. Le prĂȘtre est appelĂ© « Alter Christus » ; et sa communion au Christ implique cette foi mariale. Au pied de la Croix, le disciple bien aimĂ©, figure du sacerdoce ministĂ©riel est confiĂ© Ă  Marie, la femme sacerdotale par excellence. « Fils, voici ta mĂšre » Oui Marie prend Ă  chaque sĂ©minariste sous sa garde afin qu’il devienne disciple pour devenir un jour, apĂŽtre.

Marie parle du Christ mais aussi de l’Eglise puisqu’elle en est la figure prophĂ©tique. La Vierge fait dĂ©couvrir l’Eglise comme notre mĂšre, et comme une Ă©pouse : une mĂšre qui engendre des fils et une Ă©pouse qui reçoit l’amour du Christ son Ă©poux, et le fait fructifier en elle.

« Dans l’Eglise s’il n’y avait plus de place pour Marie, le christianisme deviendrait une bureaucratie sans Ăąme », disait le pape BenoĂźt XVI. Le pape François aurait ajouté : « elle deviendrait une ONG »

En prenant Marie chez soi, le candidat au sacerdoce accueille le Corps du Christ qu’elle porte encore, non plus dans ses entrailles, mais dans son cƓur. Le sĂ©minariste Ă©pouse avec Marie l’Eglise dont elle le membre le plus Ă©minent. Il Ă©pouse ce que l’Eglise dit par son MagistĂšre. Il fait sienne la compassion pour tous ceux qui sont loin, sa sollicitude maternelle pour les petits et les pĂȘcheurs. Il s’inscrit dans la mission universelle de salut dont l’Eglise est le sacrement (LG). Ce qui est extĂ©rieur Ă  l’Eglise (pĂ©riphĂ©rique) lui est en rĂ©alitĂ© intĂ©rieur et antĂ©rieur. L’Eglise existe pour ceux qui n’y sont pas encore.

Le temps de la formation au sĂ©minaire doit permettre Ă  chacun de se familiariser avec la vie de l’Eglise, dans toutes ses composantes, dans tous ses dynamismes, de prier avec elle, de frĂ©quenter celles et ceux qui (Ă  travers son histoire), ont Ă©tĂ© les grandes voix de l’Eglise par leur sagesse, leur saintetĂ©, leurs intuitions, dans la fidĂ©litĂ© Ă  sa Tradition vivante.

Devenir prĂȘtre, c’est apprendre Ă  aimer l’Eglise, Ă  souffrir avec elle (et parfois Ă  cause d’elle), Ă  penser, Ă  agir avec elle, pour qu’elle devienne notre famille et notre patrie.

La Vierge Marie parle du Christ et de l’Eglise, mais aussi de la saintetĂ©. La saintetĂ© de Dieu se reflĂšte en elle dans le miroir de sa virginitĂ©. Elle exerce une maternitĂ© par le choix de la chastetĂ©. Aussi en se plaçant sous la protection maternelle de Notre Dame, le prĂȘtre comprend qu’en assumant le choix du cĂ©libat, il exerce une paternité : ĂȘtre tout Ă  tous en appartenant qu’à un seul, le Christ.

Marie est le choix de Dieu et en rĂ©ponse, Marie fait le choix de Dieu. Telle est l’expression parfaite de la sainteté : c’est en se recevant totalement du PĂšre des Cieux, qu’elle se donne entiĂšrement Ă  ses frĂšres et sƓurs sur terre.

Dieu lui offre en partage sa saintetĂ©. Il lui offre son Fils, le seul « saint » en qui s’accomplit sa saintetĂ© mĂȘme de Dieu, et Marie l’offre au monde.

C’est bien Ă  cette saintetĂ© que le prĂȘtre, en suivant la Vierge Sainte, est appelĂ©. Dans l’exercice de son ministĂšre, d’une part il cĂ©lĂšbre et accueille jour aprĂšs jour la saintetĂ© de Dieu, et d’autre part, il sanctifie le peuple chrĂ©tien qui lui est confiĂ©. Il devient canal de la grĂące de Dieu qui passe par ses propres limites. Et c’est dans ce dynamisme de recevoir et de transmettre la saintetĂ© de Dieu, qu’il se sanctifie lui-mĂȘme au passage.

A l’école de Marie, chaque sĂ©minariste pour devenir un canal de grĂące (serviteur de la grĂące) doit ĂȘtre en Ă©tat de grĂące, c’est-Ă -dire appartenir Ă  Dieu sans restriction et sans retour sur soi, pour que rien en nous ne soit pas Ă  Lui, pour que nous ne fassions pas Ă©cran au Christ, mais que nous en soyons l’écrin. SaintetĂ© oblative et missionnaire du futur prĂȘtre qui comprend qu’aimer quelqu’un, Ă  la suite de Marie, c’est tout faire pour que l’amour de Dieu s’accomplisse en lui, et pour cela, prier, jeĂ»ner, pratiquer l’ascĂšse, selon les recommandations de l’ImmaculĂ©e, mettre de l’amour dans les petites choses de la vie.

L’authentique dĂ©votion Ă  la MĂšre de Dieu est de chercher Ă  tout vivre en elle. Il s’agit de bien autre chose que de faire des priĂšres Ă  la Sainte Vierge. Vivre en Marie, n’est rien d’autre que vivre dans l’Esprit.

Plus on plonge en Marie, plus elle nous plonge dans l’Esprit-Saint. St Louis-Marie Grignion de Montfort disait Ă  propos de la Vierge : « Quand l’Esprit-Saint l’a trouvĂ©e dans une Ăąme, il y vole, il y entre pleinement, il se communique Ă  cette Ăąme abondamment et autant qu’il donne place Ă  son Epouse. »

Ainsi lorsqu’un prĂȘtre accepte de descendre avec la Vierge Marie dans ces rĂ©gions profondes de la foi, il y trouve la fĂ©conditĂ© dĂ©cuplĂ©e de son ministĂšre et l’allĂ©gresse du Magnificat.

+ Dominique Rey

SĂ©minaire de l’ImmaculĂ©e Conception

Homélie à réentendre

https://soundcloud.com/radiomariafrance/homelie-mgr-dominique-rey-fete-du-seminaire-la-castille-06-12-2014

Dieu m'appelle-t-il ?

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